Quant au ver de terre, puissant socle du concept de l'apparence, il est un peu les deux tout au cours de sa vie, embrouillé en parties mâles et femelles le long de son corps mou, ce qui lui permet d'éviter toute forme d'amour et ses emmerdements dès l'instant où il se débrouille parfaitement sans aucune aide extérieure. D'où l'absence de copulation, absence d'angoisses et absence de guerre, d'où une immense économie d'énergie qu'il peut consacrer à fouir inlassablement et aérer l'humus, une chance pour nous. Car si le ver de terre avait des peines d'amour, croyez bien qu'on n'en serait pas là où nous sommes sur cette terre. Rien ne vivrait, rien ne bougerait. D'où il ressort que le piédestal de la vie repose sur un néant d'amour, cela fait peine en même temps que cela donne à réfléchir. Si je vous dégage rapidement cette notion, ce n'est pas que j'en oublie ma s½ur, pas du tout et je dirais même au contraire. Car ma s½ur, tout occupée à fouir de son pinceau l'univers de la vie afin d'aérer le réel, sans quoi l'existence ne serait pas possible, se voit obligée de tenir à distance les échauffements intoxicants de l'amour et de savoir les attiédir à l'occasion et les glisser prestement dans son porte feuille ( je veux dire dans son fourre-tout car ma s½ur, vous vous en doutez , ne possède pas plus de porte feuilles élément hautement factuel, que le portable). C'est donc de par son destin d'artiste qu'elle ne prend pas au tragique un malencontreux tracas sur la route de l'amour.
Je dois reconnaitre que cette femme possède néanmoins son géni propre, extrait du Petit traité de toutes vérités sur l'existence de Fred Vargas.
